Elle était belle, elle avait tout pour elle et pourtant, son nom semble déjà oublié. En ce 1er septembre 2025, nous célébrons les 20 ans de la sortie européenne d’une des meilleures bécanes nomades de tous les temps : la PSP ! Retour sur cette merveille…
« Je rêve d’une Playstation portable »
En s’aventurant dans le paysage vidéoludique, Sony semblait destinée à rester un simple outsider, loin derrière Nintendo et Sega. Pourtant, à la fin du siècle, la firme japonaise crée la surprise : sa PlayStation caracole en tête des ventes et relègue ses rivales au second plan. Auréolé de ce succès, le concepteur de la machine, Ken Kutaragi, se livre à quelques confidences dans la presse et révèle qu’il rêve de décliner sa création en un modèle de poche. Si l’aveu paraît personnel, il laisse entrevoir un projet sans doute déjà mûri en secret. Mais il faudra patienter jusqu’à l’heure de la véritable confirmation : la PlayStation 2, qui viendra définitivement asseoir la domination de la marque.
Entretien avec Ken Kutaragi, le père de la playstation (Playstation Magazine, 1997)
Et Sony créa l’UMD…
En pleine confiance, Sony se sent prêt à conquérir le monde du jeu nomade. Alors que la console portable a longtemps été perçue comme une déclinaison « allégée » des expériences de salon, la firme japonaise ambitionne une approche radicalement nouvelle et percutante. Son objectif est clair : proposer une véritable version de poche de sa console vedette, la PlayStation 2.
Un obstacle majeur se dresse toutefois : le support de stockage. Les cartouches, encore associées au format portable, peinent à dépasser les 32 Mo au moment de la conception de la machine. Or, pour approcher le standard de la PS2 qui s’appuie sur le DVD et ses capacités bien supérieures, il faut un support bien plus généreux. Fidèle à sa réputation de créateur de formats innovants, Sony met alors ses ingénieurs au défi de concevoir un équivalent « miniaturisé » du disque.
C’est ainsi qu’apparaît l’UMD (Universal Media Disc). Présenté sous la forme d’un petit disque optique protégé, il offre une capacité allant de 800 à 1 600 Mo. De quoi stocker non seulement des vidéos de qualité optimale, mais aussi des jeux 2D et 3D d’un niveau graphique proche de celui de la PS2, marquant ainsi une véritable rupture avec la tradition du jeu portable.
La PS2 dans le creux de la main.
Annoncée en 2003 puis dévoilée lors de l’E3 2004, la PlayStation Portable sort le 12 décembre de la même année au Japon, avant d’arriver un an plus tard en Europe. Avec ses airs de manette DualShock et son splendide écran 16/9, la PSP marque d’emblée les esprits. Le succès est immédiat au Japon : les 200 000 premiers exemplaires s’écoulent en quelques heures seulement. Malgré des problèmes d’approvisionnement et la concurrence redoutable de la Nintendo DS, lancée à la même période, la machine parvient à séduire progressivement son public au cours des premiers mois.
En Europe, son lancement s’accompagne d’un line-up ambitieux réunissant des licences familières aux habitués de la marque : Ridge Racer, Wipeout Pure, Need for Speed: Underground Rivals, Tony Hawk’s Underground 2, MediEvil Resurrection, Spider-Man 2… Pour la première fois depuis l’Atari Lynx (1989), une console portable offre un rendu graphique comparable aux standards de la console « star » : la PlayStation 2.
Le walkman du XXIème siècle
Pensée pour être « plus qu’une simple console portable », la PSP devait incarner la vision multimédia de Sony. Mais dans les faits, l’entreprise accusait déjà un retard sur plusieurs fronts : les écrans plats, les enregistreurs DVD ou encore les baladeurs MP3 lui échappaient, laissant seulement la photographie et surtout le jeu vidéo comme domaines de réussite. Le succès de la PSP devenait donc crucial : Sony comptait en faire un véritable « must-have », à l’image du Walkman vingt ans auparavant.
Concerts, clips...la PSP a bénéficié d'une offre musicale conséquente
Dotée d’une puce sonore de grande qualité, la console permettait aux utilisateurs de transférer leurs morceaux favoris. L’occasion pour Sony d’imposer un nouvel accessoire propriétaire : le Memory Stick, carte mémoire officielle de la PSP. Mais la véritable révolution se situait ailleurs, du côté de la vidéo. Grâce au format UMD, la console se transformait en lecteur portable et proposait une large sélection de films, d’animes, mais aussi de concerts enregistrés en live. De Marilyn Manson à Bob Marley, en passant par Depeche Mode (particulièrement mis en avant sur le support) ou encore Tupac, chacun pouvait y trouver son compte.
Depeche Mode, champion de la représentation sur le support
Le cinéma dans la poche
Mais c’est surtout dans le domaine du cinéma que l’UMD va tenter de trouver son essor. Conscient que l’immense succès de la PlayStation 2 doit beaucoup à son lecteur DVD intégré, Sony cherche à imposer une nouvelle formule : le « cinéma de poche ». Présenté dans un petit boîtier élégant, le format permettait aux joueurs de se constituer une véritable « umdthèque », mêlant films récents et grands classiques, avec des catalogues différents selon les régions. En France, on pouvait ainsi retrouver des comédies cultes comme Les Tontons flingueurs, Le Père Noël est une ordure ou encore Les Bronzés, aux côtés de succès plus contemporains comme L’Auberge espagnole et de blockbusters américains.
Cependant, la curiosité des débuts céda rapidement la place à la lassitude. Vendu quasiment au même prix qu’un DVD, l’UMD souffrait de limitations techniques : stockage réduit, absence de bonus, et une qualité parfois amoindrie. Les ventes décevantes conduisirent à l’annulation de certaines sorties et à la non-réédition de nombreux titres. Sony tenta bien de démocratiser le support, avec des packs DVD/UMD (comme L’Empire des loups) ou des éditions combinant jeu + film (par exemple Pirates des Caraïbes). Un lecteur de salon UMD fut même brièvement évoqué dans certaines émissions (notamment De quoi j’me mail ? sur RMC), mais rien n’y fait : début 2008, Sony annonça officiellement la fin du support en Europe. Pour donner un ordre d’idée, seuls 200 000 UMD furent vendus en France en 2007, un chiffre bien loin des 340 000 Blu-Ray écoulés la même année.
Contre toute attente, le format survécut jusqu’en 2011 aux États-Unis, malgré des ventes en demi-teinte et une ultime sortie marquée par The Hangover II (Very Bad Trip 2 chez nous). Quant au Japon, il offrit à l’UMD une longévité inespérée… grâce à l’industrie du film pour adultes, qui assura la survie du support bien au-delà de ce qu’avait imaginé Sony (2016).
Very Bad Trip 2 ( The Hangover II), dernier film UMD à sortir en Occident à travers le marché américain
Le Couteau-suisse du multimédia
Mais la PSP a plus d’un tour dans son sac pour rebondir ! Misant sur son caractère nomade, Sony et ses éditeurs partenaires tentèrent d’exploiter sa mobilité en lançant, dès 2006, une gamme de guides de voyage. Conçus avec un expert du genre, l'éditeur Lonely Planet, les titres de la collection « Passport to… » proposaient la découverte de six capitales : Londres, Paris, Amsterdam, Barcelone, Prague et Rome. Sur le papier, l’idée avait de quoi séduire, mais dans les faits, le contenu « interactif » manquait de richesse : trop peu de photos, peu de vidéos, et une interface assez basique. Résultat, la gamme n’eut pas le succès escompté et les autres titres prévus (comme Madrid ou Budapest) furent annulés.
Plus audacieux encore, la PSP se vit dotée d’un accessoire GPS baptisé Go! Explore. Un véritable tour de force technologique, utilisable aussi bien à pied qu’en voiture, qui transformait la console en un combo surprenant, rappelant les grandes heures de la Mega Drive et de ses célèbres add-ons. Mais là encore, le rêve tourna court : l’appareil était cher, dépourvu de mises à jour de cartes, et souffrait de temps de chargement interminables. Seuls quelques curieux se laissèrent tenter...mais l'accessoire est toujours fonctionnel aujourd'hui...avec la limite des cartes publiées à sa sortie.
Heureusement, Sony connut un peu plus de réussite avec la Go!Cam, une petite caméra qui, malgré une résolution limitée, permit notamment de profiter de conversations vidéo sur Skype plutôt fluides… du moins dans les standards de l’époque.
Trop fort, trop tôt, trop tard.
Innovante à son lancement, la PSP se retrouve pourtant rapidement en décalage, en pleine période de l’essor du smartphone. Tandis que le nouveau gadget attire toutes les attentions, la portable de Sony voit sa modernité s’effriter. Sur son autre flanc, la redoutable Nintendo DS, portée par ses licences cultes et son positionnement plus familial, écrase tout sur son passage. La PSP accuse alors le coup.
Quelques-unes des déclinaisons de la machine
Pour tenter de relancer l’intérêt, Sony multiplie les déclinaisons : un modèle blanc, une version Slim plus légère qui redonne un temps un souffle à la console, la PSP Go, entièrement tournée vers le dématérialisé mais qui fait un flop retentissant, ou encore la PSP Street, dépourvue de Wi-Fi, sortie en toute fin de vie. Autant d’initiatives qui, si elles n’ont pas inversé la tendance, ont permis à la machine de séduire des publics différents au fil des années.
C’est surtout du côté du catalogue que la PSP souffre. Malgré de grands noms comme God of War, Grand Theft Auto ou Metal Gear Solid, les sorties commencent à se raréfier dès 2009. Sony tente pourtant d’entretenir l’enthousiasme en annonçant de futurs blockbusters : The Elder Scrolls Travels: Oblivion, Call of Duty, Saints Row ou encore un Resident Evil présenté en grande pompe à l’E3 2009. La plupart de ces projets finiront toutefois annulés.
Heureusement, quelques titres majeurs verront tout de même le jour en fin de vie : God of War: Ghost of Sparta, Gran Turismo, SoulCalibur: Broken Destiny, Kingdom Hearts: Birth by Sleep, ou encore Metal Gear Solid: Peace Walker. Mais malgré ces réussites, la console ne parviendra jamais à inverser durablement la tendance en Occident. Les quelques derniers titres phares comme FF type-0 ne se limiteront qu’au Japon et l’annonce de la PS Vita à l’E3 2011 viendra céder le sort la machine et son support exclusif, l'UMD.
FF type-0, le dernier "gros" jeu sur PSP (2011), inédit en Europe...jusqu'à sa conversion sur PS4/One (2015)
Fort de 80 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, la PSP ne peut pas être considérée comme un échec. Pourtant, le manque d’enthousiasme des éditeurs tiers, la concurrence féroce de Nintendo et l’évolution rapide du marché vers les smartphones et les contenus dématérialisés ont freiné son envol. Console ambitieuse, parfois en avance sur son temps, la PSP restera comme une machine paradoxale : saluée pour ses qualités techniques et son catalogue de grandes licences, mais minée par des choix stratégiques discutables et une vision multimédia qui n’a pas su convaincre.