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[CINEPAT] Marty Supreme de Josh Safdie

Publié le par Lessthantod

MARTY SUPREME
Réalisateur : Josh Safdie
Pays : US
Sortie : 2026

[CINEPAT] Marty Supreme de Josh Safdie

Marty Supreme est le dernier film de Josh Safdie avec Timothée Chalamet, qui va bientôt concourir aux Oscars. Il s'agit ici d'un faux biopics, ou tout du moins librement inspiré des mémoires de Martin Reisman, le célèbre pongiste américain des années 50 surnommé l'Aiguille à cause de sa maigreur. Martin Reisman est ici renommé Marty Mauser, première indication que le film va pas mal dévier de la réalité avec de personnages secondaires qui pour certains n'ont jamais existé. Josh Safdie et son coscénariste jouent beaucoup entre la fiction et la réalité et aiment bien brouiller les pistes.


Le film débute à New York au début de années 50 avec un vendeur de chaussures Marty Mauser (Timothée Chalamet) qui a pour ambition d'être le numéro mondial de tennis de table en gagnant le British Open. Il aimerait vivre de sa passion, le tennis de table, mais à cette époque cette discipline n'est pas prise au sérieux. C'est pourquoi il doit travailler dans la boutique de chaussures de son oncle pour subvenir à ses besoins. Il est persuadé que s'il gagne le championnat du monde, il fera connaitre le tennis de table aux américains et qu'il deviendra une star de ce "nouveau" sport. Il a des rêves de grandeurs et pour ça, il est prêt à tout ... y compris participer aux shows des Harlem Globetrotters pour promouvoir son sport. Il veut aussi révolutionner sa discipline, en peignant les balles de pingpong en orange, pour quelles soient plus visibles pour les joueurs et pour améliorer le spectacle.

Bien sûr, tout ne se déroulera pas comme il l'espérait, car son plan a pas mal de trous dans la raquette. Il doit notamment s'occuper de sa petite amie Rachel (Odessa A’zion), une amie d'enfance qu'il a mise enceinte et qui plus est, mariée à Ira Mizler (Emory Cohen). Il séduit une actrice hollywoodienne des années 30 Kay Stone (Gwyneth Paltrow) et essaie de lui soutirer de l'argent. Il tente également de monter un business avec Milton Rockwell (Kevin O'Leary), un magnat de la plume et des finances dont la femme n'est autre que l'actrice Kay Stone. Il s'associe avec son ami Wally (Tyle Okonma) un chauffeur de taxi avec qui il monte des arnaques, encore une fois pour soutirer de l'argent. Il tente d'escroquer un vieux gangster (le réalisateur Abel Ferrara) en kidnappant son chien qui pue, ce qui se révèlera être un jeu très dangereux. Et puis, il y a sa mère (Fran Drescher) qui simule tout le temps des maladies et son oncle qui tente de saborder tous ses projets de gloire.

[CINEPAT] Marty Supreme de Josh Safdie

Marty Supreme est tout le temps surprenant et on ne sait jamais à quoi s'attendre d'une scène à l'autre. Le ton du film est vraiment très particulier, c'est drôle, c'est barré, ça peut être violent parfois et y'a des scènes de sexes qui peuvent être dérangeantes pour un jeune publique. Ce n'est vraiment pas un film à conseiller aux moins de quatorze ans. Et puis, il y a cette BO de Daniel Lopatin qui épouse la forme du film, avec des choix vraiment très éclectiques et qui ne se limitent absolument pas aux titres des années 50. On peut notamment entendre Forever Young d'Alphaville et Everybody Wants to Rule the World des Tears for Fears, deux tubes des années 80.

Marty Supreme est un film absolument jouissif et réjouissant. Alors certes, ça part dans tous les sens et c'est un film d'une suprême générosité, ça on ne peut pas lui enlever. On en prend plein les yeux et les oreilles, à l'extrême limite du too much ... mais pour moi, la limite du too much n'a pas été franchie. Je me suis totalement senti impliqué dans le film et par la fabuleuse performance de Timothée Chalamet. On a en même temps un sentiment de fascination et de rejet pour le personnage Marty Mauser, une véritable tête à claques (ses fesses s'en souviennent encore ^^) et une boule égocentrique et pourtant, au final on le trouve très attachant et ça, on le doit en grande partie à la justesse de jeu de Timothée Chalamet.

[CINEPAT] Marty Supreme de Josh Safdie

Marty Mauser se montre détestable avec tout le monde, mais on a quand même envie de le voir gagner, parce qu'il en bave malgré tout. Il essaie d'arnaquer tout le monde, de profiter du système, mais à chaque fois ça se retourne contre lui. C'est une critique cachée d'un système, le capitalisme à l'américaine, illustré ici par le sport spectacle qui met en avant le marketing et qui promeut le succès individuel à tout prix. C'est le fameux American Dream qui imprègne la société américaine et Marty lui aussi veut sa part du gâteau. A cela se rajoute ses origines juive avec l'idée que l'on peut être victime de quelque chose et pouvoir malgré tout faire de grandes choses.


Bref, Marty Supreme est un film à voir absolument, un film qui veut parfois trop en faire, du trop à tous les étages, trop de personnages, trop de musiques, trop d'arnaques, trop, trop, trop ... mais il a mérite de vouloir proposer quelque chose de différent. Si vous vous attendiez à un biopic classique, passez votre chemin. Le film mélange le vrai et le faux, parce que la fiction est toujours meilleure que la réalité. 

SUPPOS (SUPREMES) : 5/6

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[CRITIQUE CINEMA] Starship Troopers de Paul Verhoeven

Publié le par Lessthantod

STARSHIP TROOPERS
Réalisateur : Paul Verhoeven
Pays : US
Sortie : 1997

[CRITIQUE CINEMA] Starship Troopers de Paul Verhoeven

Sorti en 1997 et réalisé par Paul Verhoeven, Starship Troopers est l'adaptation très libre du roman du même nom de Robert A. Heinlein. Et au scénario on retrouve Edward Neumeier, qui était déjà à l'œuvre pour Robocop. Le duo Paul Verhoeven - Edward Neumeier nous ressert ici la recette déjà vue dans Robocop. C'est un film qui a été décrié lors de sa sortie, descendu par la critique et mal compris par une grande majorité des spectateurs, qui n'y voyaient là qu'une propagande pro-militaire. Or, sous ses airs de film de science fiction bête et méchant, se cache en réalité une satire anti-capitaliste et anti-militaire. Et au casting, on retrouve toute une brochette de jeunes acteurs plus habitués du petit écran et ça aussi c'est intentionnel. Ils sont jeunes, beaux et pleins d'avenir, mais ils sont remplaçables. Ils vont servir de "chair à canon" dans la bataille contre les forces Arachnides.

Dans un avenir lointain, le monde est unis en une seule fédération et le gouvernement en place qui dirige la Terre, mène une guerre contre les Arachnides. Nous allons suivre deux jeunes amoureux Johnny Rico (Casper Van Dien) et Carmen Ibanez (Denise Richards) qui vont s'engager dans l'armée. Et s'engagent avec eux Carl Jenkins (Neil Patrick Harris) qui est doué de capacités télépathiques, ainsi que Dizzy Flores (Dina Meyer) qui est secrètement amoureuse de Rico. Rico et Dizzy sont destinés à servir dans l'infanterie, tandis que Carmen veut devenir pilote et Carl va intégrer le service scientifique de l’armée. Et si tout ce petit monde veut s'engager dans l'armée, ce n'est pas forcément par conviction, mais parce qu'ils veulent devenir citoyens. Nous sommes dans un monde militariste qui promeut la guerre contre les Arachnides et tout est bon pour se fournir en chair à canon sous conscription ("Vous aussi, engagez-vous, devenez citoyen !). Et si on ne s'engage pas dans l'armée pour tuer des Arachnides, on reste un simple civil ... un sous citoyen, quoi !

[CRITIQUE CINEMA] Starship Troopers de Paul Verhoeven

On retrouve donc des jeunes acteurs au sourire ultra bride déjà passés par le petits écrans, dans des soap opéra tels que Beverly Hills 90210 ou Melrose Place par exemples. On a tout de suite l'impression de suivre Barbie et Ken qui s'en vont en guerre. En témoigne le triangle amoureux entre Rico, Carmen et Dizzy. Rico est fou amoureux de Carmen, mais tous deux vont être séparés, ce qui laisse laisse la porte ouverte à Dizzy, qui suit Rico dans l'espoir de mettre le grappin sur lui. Mais la guerre va interrompre ce soap opéra, parce que les Arachnides "auraient" attaqué la Terre. Vu au premier degré, Starship Troopers peut sembler être un film militaire, voire même fasciste, si on en croit certaines critiques de l'époque qui sont tombées dans le panneau. Alors qu'en réalité, Starship Troopers c'est tout le contraire. C'est le principe d'une satire, qui ici dénonce l'interventionnisme mondial (à comprendre ici américain) qui va chercher la petite bête aux Arachnides. Car à bien y penser, ce sont les humains qui sont les agresseurs et non les Arachnides, qui eux ne font que se défendre contre l'agresseur.

[CRITIQUE CINEMA] Starship Troopers de Paul Verhoeven

La satire anti-militariste et anti-va t'en guerre est évidente. Paul Verhoeven revendique sa culture européenne et critique l'interventionnisme à tout va des américains. On y retrouve les plages publicitaires déjà vues dans Robocop, qui sont de pures propagandes militaristes. Le synisme de ces séquences est tellement poussé, que ça en devient très drôle. Paul Verhoeven a dû beaucoup s'amuser en imaginant ces séquences. Et Paul Verhoeven oblige, on a droit à des scènes de combats bien gores contre les Arachnides, avec les têtes qui tombent et les bras arrachés. On retrouve également Basil Poledouris à la BO et Phil Tippett aux effets spéciaux, deux des plus fidèles collaborateurs de Paul Verhoeven. Et pour le coup, ils se sont surpassés. Les compositions de Basil Poledouris sont parmi les meilleures de sa carrière et Phil Tippett à tout simplement réussi l'impossible. Pour un film de 1997, les effets spéciaux sont hallucinants. Le mélange entre les prises de vues réelles, les animatroniques et les effets numériques sur fonds verts sont très impressionnants. C'était du jamais vu pour l'époque. Et pour finir, on retrouve dans Starship Troopers des acteurs "sales gueules" que moi j'adore, Michael Ironside et Clancy Brown.

Bref, Starship Troopers est l'un de mes Paul Verhoeven préférés, de mémoire le premier de lui que j'ai vu au cinéma (un souvenir mémorable). Et pour revenir sur la polémique qu'a suscité le film à sa sortie, je n'ai jamais compris les accusations de fascisme qu'on lui a affublés, tellement l'aspect parodique est poussé (très) loin ici. Sous ses faux airs de propagande pro-armée américaine tendance Top Gun, Starship Troopers est en réalité un brulot antimilitariste brillant et une critique acerbe de l’interventionnisme américain dans le monde, en témoigne son choix osé d'affubler ses scientifiques d'uniformes de la SS. Il serait vraiment idiot de cantonner Starship Troopers à une vulgaire série B, alors que c'est tellement plus que ça ... j'irais même jusqu'à dire que c'est un véritable chef-d'œuvre !

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[CRITIQUE CINEMA] Ad Astra de James Gray

Publié le par Lessthantod

AD ASTRA
Réalisateur : James Gray
Pays : USA
Sortie : 2019

[CRITIQUE CINEMA] Ad Astra de James Gray

Ad Astra de James Gray raconte l'histoire d'un homme froid et distant qui va se rendre compte, tout au long du film, à quel point il est émotionnellement vulnérable. On ressent la solitude de Roy (Brad Pitt) qui est très vite pesante pour lui (et pour nous aussi spectateurs). Il est déconnecté du monde qui l'entoure et plutôt qu'interagir avec les autres humains autour de lui, il préfère s'isoler. Il n'ose pas s'affirmer et être lui-même. Il cache ses émotions et on voit à quel point ça l'affecte fortement au final.

James Grey n'essaie pas de paraître plus intelligent qu'il ne l'est. Ad Astra n'est pas le 2001 l'odyssée de l’espace de James Gray, c'est plutôt du James Gray qui va dans l'espace, avec toutes les thématiques qui lui sont chères. C'est le voyage introspectif de Brad Pitt qui fait écho avec son voyage dans l'espace. On ressent sa solitude, sa soif de connaissance et son envie de repousser les limites de l'exploration spatiale ... à l'image de son père.

[CRITIQUE CINEMA] Ad Astra de James Gray

Le scénario est très simple, avec une narration linéaire et des enjeux explicites. On a un gars planqué dans une station spatiale sur Neptune, qui balance des jets d'antimatière responsables de millions de morts. Or, il s'avère que le gars est le père de Brad Pitt, qui est envoyé sur place pour l'arrêter. Je regrette néanmoins quelques raccourcis et autres facilités scénaristiques, mais ça, on y reviendra plus tard.

Le film explore plusieurs thématiques de science-fiction qui sont très intéressantes, avec les grandes tours de communication qui montent jusqu'à la stratosphère (aka la Tour de Babel), la station sur la lune (la fameuse chasse au rover est très ) ou sur Mars ... même si ça ne va pas plus loin que ça et ça ne révolutionne rien. Mais à la limite, comme je vous l'ai déjà dit plus haut, ce n'est pas le propos du film et en réalité c'est largement suffisant.

Le propos du film, c'est de nous montrer que ça ne sert à rien d'aller chercher ailleurs ce qu'on a déjà autour de soi (parents, amis, femme et enfants). La famille est le thème le plus cher à James Gray et qu'on retrouve dans tous ses films. Le père cherche sa place dans l'univers et pour cela, il est prêt à renoncer à son humanité. Il abandonne sa famille dans une quête égoïste qui va le mener nulle part. Sa place dans l'univers, il l'a déjà trouvée et son fils est là pour le lui rappeler.

Ad Astra, c'est donc plus un drame qu'un film de science fiction. Tout du moins, ce n'est pas de la science fiction comme on a l'habitude de voir, avec une histoire vue et revue de premier contact entre l'espèce humaine et une vie extra-terrestre. Ne vous attendez donc pas à voir débarquer des aliens sur Terre, sinon vous serez déçu. Ad Astra ce n'est pas 2001 l'odyssée de l’espace, ni Rencontre du troisième type, ni E.T., ni Premier Contact. Ad Astra c'est un drame famillial qui se déroule tout simplement dans l'espace, rien de plus 

[CRITIQUE CINEMA] Ad Astra de James Gray

Là où on pourrait rapprocher Ad Astra de 2001 l'odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, c'est dans sa direction artistique, visuelle et sonore. On y retrouve les plans du vaisseau qui tourne, la musique lancinante, la lumière blanche par moment agressive ... et les singes de laboratoire enragés qui sont de toute évidence un hommage de plus à 2001. Par contre, si Stanley Kubrick est un homme profondément nihiliste, James Gray quant à lui est un humaniste.

Si certaines scènes du film sont bluffantes de réalisme, d'autres posent problème d'un point de vue scientifique. J'ai noté plusieurs aberrations dans le domaine de la physique, surtout vers la fin du film, à commencer par la présence de pistolets dans le vaisseau, la représentation de Neptune qui semble être bien trop petite, le bouclier pour traverser les anneaux, mais le comble du comble, c'est la fusée qui est sur le point de décoller et Brad Pitt qui parvient à y rentrer tel un ninja juste avant la force de poussée finale.

Brad Pitt porte littéralement le film sur ses épaules, jusqu'au bout ou presque. Rien à redire sur sa performance, si ce n'est sa réaction sur la fin, lorsqu'il se retrouve face à Tommy Lee Jones. Les retrouvailles entre le père et le fils sont trop vite expédiées et ça manque d'émotion. Et puis, on a aucune précision sur ces soi-disant jets d'antimatière, trop vite mis de coté au profit du rapport père-fils. Pareil, je ne reviendrai pas sur son retour au vaisseau ... mais sérieux, le bouclier pour traverser l'anneau de Neptune, ce n'est pas possible. Il manque probablement une demie heure pour boucler correctement les enjeux dramatiques et pour étoffer un peu plus les personnages du père et de sa femme (Liv Tyler)...

[CRITIQUE CINEMA] Ad Astra de James Gray

Les thèmes de prédilection de James Gray sont la famille et les relations sociales. Tous ses films, quel que soit le genre, le film de gangsters (Little Odessa et The Yards), le film noir (We Own the Night), le film d'aventure (The Lost City of Z), le drame sentimental (Two Lovers), le drame familial (Armageddon Time) ... tous tournent autour de ces deux thématiques. Le genre abordé n'est qu'un prétexte pour développer les sujets qui lui sont les plus chers.

Le sujet ici n'est pas l'exploration spatiale, mais la solitude du fils dûe à l'absence du père et la vanité du père dans sa quête de vérité entrainant folies meurtrières et perte de sens. Le film aborde aussi l'héritage du fils, qui ressent la même solitude que son père, le même besoin de repousser ses limites, répétant toutes les erreurs de son père, avant de s'en détourner. Il prend conscience qu'il y a d'autres priorités, à savoir retrouver ses proches.

Il manque pourtant une certaine puissance au film, un manque de scènes spectaculaires comme il y en avait dans le Interstellar de Christopher Nolan, mais c'est un film qui m'a vraiment touché au niveau émotionnel. Ce n'est certainement pas le meilleur film de James Gray, mais c'est du très bon James Gray. Un chef d'œuvre ? Non. Un très bon film ? Assurément. 

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[CRITIQUE CINEMA] Matrix par les frères Wachowski

Publié le par lessthantod

MATRIX
Réalisateurs : Les frères Wachowski 
Pays : USA
Sortie : 1999

[CRITIQUE CINEMA] Matrix par les frères Wachowski

Sorti en 1999 et réalisé par les sœurs Lilly (anciennement Andy) et Lana (anciennement Larry) Wachowski, Matrix c'est un monument de la science fiction et c'est (de très loin) le meilleur de la trilogie. C'est un film qui se suffit à lui-même et n'ayant pas besoin de suite, à l'image de La Guerre des Étoiles pour la saga Star Wars. Il pose clairement l'univers et propose une fin satisfaisante qui selon moi n'appelait pas à proposer des suites. Mais voilà, il y aura tout de même deux suites directes avec Matrix 2 et 3, qui sont en réalité les deux parties d'un seul et même film, et même Matrix 4 sorti plus de vingt ans plus tard et réalisé en solo par Lana (sans sa sœur Lilly).

Matrix c'est donc le premier film d'une trilogie, avant que ça ne devienne une quadrilogie. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas Matrix (mais en reste-t-il encore ?), je vais en faire un rapide pitch. Nous sommes donc en 1999 (année de sortie du film) et nous suivons Thomas Anderson alias Néo (Keanu Reeves) qui de jour est un honnête information, mais qui de nuit devient Néo un redoutable pirate des réseaux informatiques. Un jour, il rentre en contact avec Trinity (Carrie-Anne Moss) et Morpheus (Laurence Fishburne) qu'il ne connaît que de réputation et apprend que ce dernier veut le rencontrer. Morpheus est persuadé que Néo c'est l'élu ... mais l'élu de quoi me direz-vous ?

[CRITIQUE CINEMA] Matrix par les frères Wachowski

Hé bien, Néo va apprendre que le monde dans lequel nous vivons n'existe pas et qu'il s'agit d'une simulation, la Matrice (d'où le titre du film Matrix) qui a été créée par une intelligence artificielle (IA) après la guerre remportée contre les humain. En réalité nous ne sommes pas en 1999, mais 200 ans plus tard et les machines cultivent littéralement les humains pour en faire des piles. Néo c'est alors l'élu qui doit délivrer l'humanité des machines. Et pour cela, il devra affronter l'un des représentants de l'IA, l'agent Smith (Hugo Weaving).

Matrix c'est donc un film de science fiction, avec d'impressionnantes chorégraphies de combats et des effets spéciaux innovants pour l'époque (le fameux bullet time), mais aussi et surtout une quête philosophique et existentielle qui vous retourne le cerveau. J'ai découvert le film au cinéma et ça m'avait profondément retourné, au point où je suis allé le voir deux fois en salle (chose que je fais rarement). Et après m'être replongé dans la saga, je peux dire que je l'aime toujours autant et qu'il n'a pas pris une ride (ou alors juste quelques unes). C'est peut-être contradictoire, mais je me rends compte aujourd'hui, encore plus qu'avant, à quel point il s'est inspiré de beaucoup d'autres œuvres et en a aussi inspiré beaucoup d'autres après lui.

Pour le côté hommage ou inspiration, je pense en premier lieu à Ghost in the Shell et à Alice au pays des merveilles, mais aussi les films de kung-fu hongkongais et tous les écrits de Philip K. Dick. Mais la citation la plus évidente, c'est l'ouvrage Simulacres et Simulation de Jean Baudrillard qui explore l'idée que nous vivons dans une simulation. C'est clairement suggéré au début du film, lorsque Néo prend l'ouvrage en question pour en sortir des programmes informatiques et les donner à des pirates. Et parait-il que Jean Baudrillard a détesté le film, probablement parce que son propos philosophique est noyé dans les scènes d'actions, la forme l'important sur le fond.

[CRITIQUE CINEMA] Matrix par les frères Wachowski
[CRITIQUE CINEMA] Matrix par les frères Wachowski

Mais toujours est-il que, malgré tous ses défauts que je veux bien entendre, l'écriture du film et des personnages est juste brillante. On entre tout de suite dans le film et il ne nous lâche jamais. On ne se sent jamais perdu et ceci malgré les tonnes de questions qu'on se pose. Le film vous place dans la peau de Néo et on découvre les choses en même temps que lui. Au début du film, Néo c'est comme Alice (Alice au pays des merveilles est cité au moins deux ou trois fois tout au long du film) qui vit dans un rêve et tout l'enjeu du film c'est de lui faire découvrir à lui et à nous spectateur la vérité qui se cache derrière la Matrice.

Et lorsque Néo découvre la vérité, à savoir que la Matrice est une simulation informatique, il ne veut pas y croire. Et il veut encore moins croire que l'élu, celui qui va les délivrer tous, c'est lui. Il se persuade lui-même qu'il n'est pas l'élu, comme lorsqu'il rend visite à l'Oracle (Gloria Foster) qui va lui dire ce qu'il veut ou peut entendre. C'est la règle du "connais-toi toi-même", c'est à Néo de découvrir qui il est et non à l'Oracle de le lui dire. Et puis vous avez Trinity qui tombe amoureuse de Néo, mais elle a été conditionnée à l'aimer, puisque l'Oracle lui a révélé qu'elle tomberait amoureuse de l'élu. Morpheus lui aussi est conditionné, puisqu'il doit trouver l'élu, toujours selon les prédictions de L'Oracle. Sans oublier Cypher (Joe Pantoliano) qui est un membre de l'équipage du vaisseau de Morpheus et qui lui aussi a une destinée intéressante en choisissant de retourner dans un monde d'ignorance ("L'ignorance est une bénédiction").

Matrix c'est les humains contre les machines et on aurait envie de dire que les humains c'est les gentils et les machines c'est les méchants ... mais non, ce n'est pas aussi simpliste et manichéen que ça. Les humains sont corruptibles et le plus gros danger peut parfois venir de l'intérieur (cf. Cypher). Pareil pour les machines qui peuvent parfois se comporter comme des humains, avec par exemple l'agent Smith qui est "infecté" par les humains, qu'il considère comme des "virus" et qui finit par exprimer des sentiments humains (le désir, l'ambition et la haine).

[CRITIQUE CINEMA] Matrix par les frères Wachowski

Bref, Matrix c'est un film qui recycle des idées prises à droite et à gauche (c'est beaucoup de "déjà vu"), mais qui le fait avec intelligence et sans renier ses références (toutes les références sont clairement assumées). Et puis la forme épouse le fond, avec des jeux de miroirs pour évoquer le faux-semblant, des scènes d'actions spectaculaires et irréalistes (les chorégraphies de combat et le bullet time) pour illustrer le simulacre des mondes virtuels. Et que ce soit sur la forme ou sur le fond, le film n'a pas pris un ride. Les CGI sont utilisés à bon escient avec des acteurs qui réalisent leurs scènes d'action suspendus par des fils. Et même plus de vingt ans après, le propos du film reste d'actualité et on parle plus que jamais du danger des IA. Matrix c'est du blockbuster spectaculaire et intelligent, avec de nombreux sous-textes philosophiques, un phénomène culturel instantané et un film culte.

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[CINEPAT] Prometheus de Ridley Scott

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PROMETHEUS
Réalisateur : Ridley Scott
Pays : USA
Sortie : 2012

[CINEPAT] Prometheus de Ridley Scott

Une véritable bouffée d'air frais dans la saga Alien

J'avais beaucoup aimé Prometheus à sa sortie en 2012, avec le temps et les multiples visionnage du film ... je l'aime encore plus maintenant. A mes yeux, Prometheus a été démoli par la critique et encore plus par les fans de la saga Alien, parce qu'ils n'avaient rien compris au film. Prometheus n'est pas un film Alien, mais un film qui prend place dans l'univers Alien et sur le mythe de Prométhée. Prometheus est un film très personnel qui soulève le questionnement de Ridley Scott sur l'origine de la vie, lui qui se fait âgé et lui qui a connu une terrible épreuve familiale (le suicide de son frère Tony).

Bref, j'aime beaucoup ce film, pour sa direction artistique sublime, pour ses effets spéciaux à l'ancienne, pour ses décors naturels, pour son ambiance et sa BO ultra soignée, pour son casting impeccable (Noomi Rapace et Michael Fassbender en tête), pour les ingénieurs (un magnifique design) et surtout pour David et les questionnements philosophiques qu'il suscite. David l’androïde est vraiment le gros point fort du film, grâce à sa répartie bien sentie, son comportement parfois inquiétant, ambivalent et imprévisible ... un excellent personnage, parfaitement écrit et qui doit beaucoup à la parfaite interprétation de Michael Fassbender. Certaines scènes sont sacrément impressionnantes, notamment la césarienne de Shaw et le crash du vaisseau ingénieurs.

[CINEPAT] Prometheus de Ridley Scott

Alors certes, on pourrait lui reprocher quelques lourdeurs et facilités scénaristiques, deux ou trois comportements incohérents de plusieurs personnages (le biologiste est d'une stupidité pas possible), une narration parfois confuse et un final trop vite expédié. Mais voilà, Prometheus est un film chère à mon cœur, parce que beau à en pleurer et pour son approche singulière du genre film de science-fiction ... une véritable bouffée d'air frais.

[CINEPAT] Prometheus de Ridley Scott

La seule grosse erreur de Ridley Scott dans la conception et dans la communication du film (en dehors des grosses facilités scénaristiques), c'est de prétendre vouloir faire un film de science-fiction "pur et dur" et une préquelle à Alien, ce que Prometheus n’est clairement pas. En réalité, c'est un film de science-fiction "philosophique" qui joue avec des concepts très stimulants (le mythe de Prométhée et la création de l'Homme), mais qui se souvient un peu trop tard qu’il veut aussi être un film de monstres. Bien que ce soit un film très imparfait, il regorge d’idées intéressantes et novatrices. Et puis sur un plan purement visuel, c’est un régal.

Prometheus est un film original, contemplatif, ambitieux et intense qui par conséquent mérite d'être réhabilité.

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[CRITIQUE CINEMA] Your Name de Makoto Shinkai

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YOUR NAME
Réaliateur : Makoto Shinkai
Pays : Japon
Année : 2016

[CRITIQUE CINEMA] Your Name de Makoto Shinkai

Sorti en 2016 et réalisé par Makoto Shinkai, Your Name c'est "on peut le dire" le point culminant de la carrière du jeune réalisateur. C'est un film qui reprend toutes les thématiques qui lui sont chères, l'amour adolescente, la distance, le temps qui passe et une petite dose de fantastique. Comme dans le cinéma d'Hayao Miyazaki et de Mamoru Hosoda, il aime que le fantastique s'entremêle avec la réalité. D'ailleurs, Your Name ressemble beaucoup à un autre de ses films, à savoir 5 centimètres par seconde (2007), un film qui racontait lui aussi une histoire d'amour impossible entre deux jeunes séparés par la distance, mais jamais par le cœur. La seule différence, c'est cette petite touche de fantastique en plus. Tout est là pour un chef-d'œuvre de la comédie romantique et fantastique.

Très vite, on comprend que nos deux protagonistes principaux, un garçon et une fille, s'échangent leur rôle. Mitsuha est une jeune lycéenne qui vit dans le japon rural et qui rêve d'aller à la ville. Taki quant à lui est un étudiant qui vit à Tokyo et qui semble plus réservé que Mitsuha. On a donc deux personnages que tout oppose, l'un rêveur et vivant à la campagne, l'autre solitaire et vivant dans la ville. C'est la tradition (le japon rural) qui s'oppose à la modernité (Tokyo). Mais voilà qu'un matin, l'un se réveille dans le corps de l'autre et vice-versa. Durant plusieurs semaines, ils vont alors apprendre à se connaitre dans le corps de l'autre. Et à cela s'ajoute une histoire de comète qui relie les deux ados.

 

[CRITIQUE CINEMA] Your Name de Makoto Shinkai

Le ciel et les étoiles, les relations amoureuses à l'adolescence et le temps qui passe, nous sommes bien en terrain connu. Aprés un Voyage vers Agartha (2011) qui lorgnait beaucoup trop sur du Miyazaki, Makoto Shinkai revient à ses fondamentaux. On retrouve tout de même cette notion de traditions vs modernité entre le vieux japon et le japon plus moderne. Cette ode aux traditions, c'est quelque chose qu'on voit beaucoup dans le cinéma de Miyazaki. Mais là où Makoto Shinkai se démarque de son maître, cette dans cette fusion qu'il fait des deux japons (ancien et moderne) à travers deux personnages qui fusionnent ensemble. Chacun des deux protagonistes rêve de vivre dans l'autre monde. Mitsuha par exemple est toute excitée de vivre une journée dans le corps de Taki, d'être à Tokyo, d'aller au café avec les potes de Taki. Pareil pour Taki, qui apprend les traditions enseignées par la grand mère de Mitsuha et qui semble apprécier d'être dans le corps d'une fille (la scène très drôle en mode running gag où il découvre qu'il a des seins).

[CRITIQUE CINEMA] Your Name de Makoto Shinkai

Il y a aussi dans Your Name une fusion entre le passé et le futur, mais ça on le découvre beaucoup plus tard dans le film. C'est à ce moment là, vers la fin du film, qu'un autre élément fantastique entre en jeu, avec cette notion de distance temporelle qui se rajoute à la distance spatiale. C'est difficile d'en parler plus sans spoiler. Toujours est-il que Makoto Shinkai arrive à raconter une histoire d'amour entre deux adolescents de façon originale, en les faisant vivre dans le corps de l'autre. C'est quand même pas commun comme concept, deux adolescents qui s'aiment, mais sans jamais se voir. Ils sont prêts à s'aimer, mais ils ne le peuvent pas, à cause de la distance (temporelle et physique) qui les dépare.

[CRITIQUE CINEMA] Your Name de Makoto Shinkai

J'ai beaucoup pensé à 5 centimètres par seconde (mon Makoto Shinkai préféré) en regardant Your Name. On y retrouve à peu de chose prés la même histoire, avec cette même notion de distance spatiale et temporelle et sous la même forme "feuilletonnée". En effet, 5 centimètres par seconde racontait trois histoires liées en un film et on retrouve un peu cet esprit dans Your Name, qui semble se diviser en plusieurs épisodes ou chapitres. Même la fin est très semblable, sur la forme comme sur le fond. On a ce générique de fin qui ressemble à un clip musical, avec ces images saccadées qui reprennent des moments clés du film. Je continue quand même à préférer 5 centimètres par seconde, parce que l'histoire est plus simple et donc plus touchante selon moi, et parce que la fin est plus triste et mélancolique et m'a finalement plus marqué. Bref, 5 centimètres par seconde semble avoir été un (magnifique) brouillon pour Your Name, qui en reprend tous les éléments pour les magnifier, un film beau, romantique et poétique qui touche au cœur.

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Publié dans CINEPAT

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