Playstation : 30 ans de conquête européenne
C’est le 29 septembre 1995 qu’arriva dans nos contrées, une console qui allait changer à jamais la face de l’industrie vidéoludique. Dotée d’une ludothèque rarement égalée, de nouvelles licences culte et d’un positionnement marketing inédit, la PlayStation marquera une génération entière de joueurs…
La vengeance est un plat…
Tout le monde connaît l’histoire, inutile de s’étendre : la PlayStation devait à l’origine être le fruit de l’union de deux constructeurs nippons légendaires : Nintendo et Sony. Au début des années 90, le CD-rom se démocratise sur ordinateur et ouvre la voie à une multitude de promesses. Les consoles de salon, avec leurs systèmes à cartouches limités, semblent soudain obsolètes. Big N voit d’un bon œil l’idée d’un add-on proposé par Sony, capable de booster sa récente Super Famicom/Nes/Nintendo. Mais voilà : propriétaire du format, Sony entend toucher une petite commission sur chaque jeu vendu, ce qui déplaît fortement à la compagnie basée à Kyoto.
L’annonce de l’add-on, largement relayée par la presse, tourne court. Nintendo décide alors de s’allier à l’autre créateur du CD, Philips, dans le cadre d’une cession de licences limitée pour des logiciels tristement célèbres destinée à la machine du constructeur néerlandais : le CD-i ! Croyant en son projet et revanchard, Sony décide de se lancer seul… et le reste appartient à l’histoire.
Annonce pour signaler le "deal" du siècle : les stars de Nintendo débarquent sur Cd-i ! On appréciera le design de Mario et consorts...loin d'être au meilleur de leur forme.
3D et marketing « adulescent »
La « PSX » (surnom donné par la presse en référence à son nom initial de conception, PlayStation X) promettait de recréer à la maison les sensations des bornes d’arcade. Du moins celles tournant en 3D, puisque la console embarquait un processeur graphique spécifiquement dédié à ce rendu. Résultat : des portages particulièrement convaincants des hits de l’époque, en premier lieu ceux de Namco, comme Ridge Racer ou Tekken.
La Playstation vulgarisé par Ken Kutaragi, son créateur pour les besoin d'un entretien (Player One, Hors Série, septembre 1995).
Pensée pour être facile d’accès, la firme de Minato a mis à disposition des développeurs des kits de programmation accessibles, incitant ainsi de nombreux créateurs à s’investir dans ce nouveau support. Le pari est gagnant : la 32 bits voit émerger une pléthore de jeux inédits et de licences appelées à devenir culte.
Alors que la sortie à la fin de l’année 1994 au Japon est prometteuse et que la presse annonce une nouvelle guerre des consoles entre la Playstation et la nouvelle création de Sega, la Saturn, la PSX va prendre un sérieux avantage en Occident après la conférence de l’E3 1995. Après que Sega ait annoncé sa 32bits au prix de 399 dollars, Steve Race, manager du département américain de PlayStation, monte sur scène, prononce simplement « 299 » pour annoncer le futur montant, puis quitte la tribune. Un prix compétitif, un coup marketing fulgurant et une gifle mémorable pour Sega.
Un coup marketing agressif et novateur dans la directe lignée de ce que va proposer Sony ces prochaines années en réorientant le jeu-vidéo, non plus comme un « jouet » mais comme un produit destiné aux ados et adultes. En résulte des titres souvent plus matures, qui imposent la console comme une machine pensée pour les jeunes adultes, rompant avec l’image du simple « jouet » pour enfants. Cette orientation est largement soutenue par des vedettes du catalogue Sony, mais aussi par un marketing atypique et branché.
Lors de son arrivée en France, la console s’appuie déjà sur un line-up de six titres qui posent les bases de sa nouvelle identité : Toshinden, Rapid Reload, Jumping Flash, Ridge Racer, Kileak et Wipeout.
Un catalogue incomparable…
Ce line-up va s’enrichir au fil des années avec des titres exclusifs, en décalage par rapport à ce que propose l’industrie ailleurs. Déjà en avance sur ses rivales, la PlayStation finit par écraser la concurrence grâce à l’arrivée de Squaresoft dans ses rangs et à l’annonce, lors du Tokyo Game Show de 1996, d’un Final Fantasy VII exclusif à sa ludothèque. Au Japon, l’attente devient frénétique : les joueurs se précipitent pour réserver le titre et…se procurer la machine, tandis qu’en Occident on attend le jeu avec curiosité alors que le phénomène PlayStation s’installe progressivement, au point de provoquer des ruptures de stock temporaires.
Cette annonce scelle le sort de la Sega Saturn, mise à la retraite dès 1998, et complique l’existence de la nouvelle Nintendo 64. À la fin des années 1990, le catalogue de la PlayStation s’impose comme le plus riche et le plus excitant de son époque, avec des titres emblématiques tels que Resident Evil, Metal Gear Solid, Silent Hill, FIFA, ISS, Gran Turismo, Final Fantasy, Xenogears, Cool Boarders, Medal of Honor, Tony Hawk’s Pro Skater, Tekken, Crash Bandicoot, Spyro the Dragon, Tomb Raider, Castlevania: Symphony of the Night ou encore Parappa the Rapper. Une liste loin d’être exhaustive, mais qui témoigne d’une incroyable vitalité, la plupart de ces jeux étant des exclusivités de la machine.
…et à la portée de toutes les bourses
Un catalogue que Sony va rapidement mettre à la portée des plus petits budgets. Dès 1997, l’éditeur lance la gamme Platinum, regroupant les titres ayant dépassé les 400 000 ventes en Europe. Ces jeux, proposés dans un nouvel habillage (boîtier, notice, CD), étaient revendus à moitié prix. Si Nintendo avait déjà eu cette idée avec sa gamme « Gamer’s Choice sur Super Nintendo et Game Boy, Sony a su l’exploiter pour démocratiser davantage la PlayStation et prolonger la carrière de ses plus grands succès. Au final, ce sont plus de 150 titres qui seront (ré)édités dans cette collection qui comprenait presque que des Hits incontestables.
Nouvelle plate-forme multimédia
Avec sa première console, Sony pose également les bases de ce qui fera sa force à l’avenir : transformer une console de jeu en véritable plateforme multimédia. Sans révolutionner le genre, la PlayStation pouvait déjà se muer en chaîne hi-fi en lisant les CD audio. Une fonction alors courante sur les machines équipées d’un lecteur optique mais aussi, plus surprenant, lire des films au format VCD (un standard codéveloppé par Sony).
Grâce à un module additionnel baptisé « Movie Card », la console se transformait en lecteur vidéo. Certes, la résolution restait limitée, mais le format avait l’avantage de stocker un film complet sur un seul disque (voir deux), à la différence du LaserDisc. Cependant, cette option séduisit peu en Occident : le VCD demeura surtout un phénomène populaire en Asie, où il connut un immense succès avant l’arrivée du DVD.
« Elle est là…et pour longtemps » (Ken Kutaragi)
Débarquée en 1994 au Japon puis en septembre 1995 en France, la PlayStation a connu une longévité exceptionnelle. Bien aidé par une politique tarifaire souvent revu à la baisse, une déclinaison redessinée en 2000 (PSOne), un catalogue régulièrement alimenté en hits et...un piratage plutôt aisé.
À gauche : La Playstation, dans son habit d'origine, à droite : sa déclinaison des années 2000, la PsOne.
L’arrivée de la PS2 en 2000, et avec elle, de la dernière grande exclusivité de la 32bits, Final Fantasy IX (début 2001 en Europe) marquent le véritable chant du cygne de la console. Malgré tout, la PS1 poursuivra sa route jusqu’en 2004, avec un ultime titre symbolique : FIFA 2005 pour l’Occident et Strider 2 en 2006 pour le Japon. Une durée de vie remarquable, surtout si l’on considère qu’elle aura résisté aux assauts de la Nintendo 64 et au dernier sursaut de Sega avec la Dreamcast. L’héritage de la machine a perduré, grâce à la rétrocompatibilité de la PS2 et l’ajout sur le marché numérique de (quelques) titres issus de son catalogue et de la sortie en 2018 d’une version mini. Il reste surtout une trace indélébile dans l’esprit des joueurs grâce à cet écran titre mythique et aux nombreuses heures passées sur les classiques de la machine.
En prenant un risque inédit, jugé insensé par certains à l’époque, Sony a marqué l’industrie comme rarement auparavant. L’héritage de la PS1 perdure encore trente ans après, grâce à ses nombreuses licences toujours vivaces et à l’arrivée d’une nouvelle manière de concevoir la console : non plus comme un simple support de jeu pour enfant, mais comme une plateforme culturelle mature et ouverte sur le multimédia.
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