
Qui n’a pas déjà apprécié, voire idolâtré un jeu de la société Konami, véritable référence du monde
vidéoludique, que ce soit Castlevania, Metal Gear, Silent Hill, ou encore Pro Evolution Soccer ? Comment cette firme parmi les plus créatives à ses débuts a pu se transformer en l’une des
sociétés les plus rentables du marché des jeux vidéo ?
La société Konami est née en 1969 à Osaka au Japon, dans un secteur qui n’a rien à voir avec les jeux video : la réparation et la location de machines à sous et de
Juke-Box.
Ce pôle d’activité existe encore de nos jours au sein de la société, à côté du pôle de Divertissement (jeux vidéo, Cd, DVD, animés,…) et du pôle … Santé et Fitness ! Et oui, Konami gère
aujourd’hui des salles de sport et commercialise des appareils à gonflette ! Vous aurez bien compris l’association d’idée : le gamopat doit faire du sport pour compenser les heures passées devant
son écran, et dépenser au casino les sous qui lui restent une fois son budget JV du mois épuisé…
Bref, pour en revenir aux jeux vidéo, le nom Konami vient en fait des quatre fondateurs de la société : Kozuki, Nakama, Mastsuda et Ishihara. La société marche tellement bien dans les
années 70 avec ses Juke box, que Kozuki lorgne alors du côté des jeux d’arcade.
Konami et l’arcade : une grande histoire d’amour
C’est donc en 1973 que Konami commence à travailler sur les bornes d'arcade, en participant à divers projets, et ce n’est qu’en 1980 que Konami rencontre le succès en sortant Super Cobra et
surtout Scramble. La marque de fabrique de la société sera pendant longtemps les shoot them up. Scramble est l’un des premiers en scrolling horizontal, sur plusieurs plans,
véritable précurseur de Gradius et Salamander. 1982 verra aussi sortir Time Pilot, shoot them up façon Asteroïd, où on peut diriger le vaisseau
librement dans les niveaux.
Scramble
La même année, Konami sort un nouveau jeu, Frogger, distribué par Sega, dont l’esprit est à l’opposé des jeux de shoots précédents. Une idée simple, faire traverser à une
grenouille une route semée d’embuches, qui fait mouche auprès des joueurs. Ce jeu fera l’objet d’un litige entre Sega et Konami sur ses droits d’adaptation par la suite… L’éditeur contribue ainsi à
la mode des « cute games » à la fin des années 80 avec Frogger puis Pooyan, shoot them up coloré et enfantin avec des personnages mignons tout plein.
L'incontournable Frogger
Konami décide en 1983 de se lancer dans un style de jeu non encore exploité par l’entreprise : le jeu de sport, avec Track & Field (Hyper Olympics), un remake du célèbre
Decathlon de David Crane. Et ça marche ! Le fait de marteler les commandes sans cesse plait aux joueurs, Konami écrase la concurrence sur ce type de jeu.
La politique de l’entreprise se dessine donc en premier lieu autour de ces grands types de jeu : Shoot them up, cute game et sport.
Les fondements des grandes licences (86-90)
L'éditeur devient très célèbre auprès du grand public au début des années 80 quand il attaque le marché du jeu vidéo. Ainsi vont naitre des séries cultes comme Castlevania ou Contra, des
shoots célèbres comme la série Gradius, Parodius ou Twinbee.
Konami va sortir pas mal de titres sur les micro-ordinateurs MSX en plein essor, avec des adaptations de ses titres, les jeux sur ce support étant très proches en qualité de ceux en version
arcade. Et c’est avec ce standard que sera développé le premier episode des Castlevania, Vampire Killer, qui sera transposé sur la Nes la même année, en 1986.
Vampire Killer, l'ancêtre des Castlevania, sur MSX
L'éditeur sera un fidèle allié de la Nes dans les années 80 puis de la Super Nes au début des années 90. L’association entre Konami et Nintendo commence en 1985 avec la sortie sur Nes de
Yie Ar Kung Fu, jeu de combat assez novateur pour l’époque, avec de nombreux ennemis et de coups possibles.
Puis, les grands hits s’enchainent pour l’entreprise. Le très célèbre Gradius replonge Konami dans son type de jeu fétiche, le shoot them up à l’horizontal, et sera une des
licences phares de la société. Suivra également Salamander, adapté en premier sur la GX 4000, jouable à deux, et Parodius, absolument délirant, basé sur une
parodie des symboles utilisés dans Gradius.
Gradius : une légende !
Konami se lance aussi dans le run and gun avec Green Beret puis plus tard Contra, mettant en scène un héros à pied muni d’une arme pour dégommer les
multiples ennemis arrivant de tous les côtés.
Le premier titre d’une longue série débarque sur MSX et Nes en 1987, Metal Gear, de Hideo Kojima. Le bases de ce futur hit de la PS1 sont déjà présent dans ce jeu
d’infiltration, mais sans la dimension cinématographique propre à celui-ci.
Le Metal Gear d'origine
1989 est une grande année pour la société car celle-ci obtient les droits d’adaptation des Tortues Ninja. Un beat them up jouable à 4 simultanément sort tout d’abord en arcade et c’est
l’émeute ! Tout le monde veut sa borne d’arcade TMNT ! Les tortues feront ensuite l’objet d’adaptation sur consoles, avec des jeux plus orientés aventure. Konami a trouvé sa poule
aux œufs d’or…
Les Tortues Ninja sur arcade en 1989...
La firme s’essaye aussi au beat them all avec Crime Fighters, en riposte à Final Fight de l’un de ses concurrents directs, Capcom, mais sans succès.
La concentration sur les consoles
La société reine de l’arcade commence à montrer des signes de faiblesse dans ce domaine : elle a du mal à se renouveler, et les joueurs commencent à lui tourner le dos, lui préférant sa
rivale Capcom et son rouleau compresseur Street Fighter II. Konami aura cependant encore quelques sursauts avec les licences Asterix, X-Men ou Lethal
Enforcers.
Sur consoles, Konami approfondit son partenariat avec Nintendo et frappe un grand coup dès la sortie de la 16 bits de la Nintendo avec Castlevania 4, en s’adaptant rapidement
aux spécificités techniques de cette nouvelle plateforme, notamment son mode 7.
Castlevania 4 : l'un des meilleurs jeux de la Super Nintendo
Beaucoup de titres excellents seront édités sur la Super Nintendo : des shoot them up avec notamment Axelay, l’exploitation de la licence Tortues Ninja avec TMNT
4, Prince of Persia, Contra 3 : the Alien ou encore l’étonnant Zombies Ate my Neighbours.
Konami développera également sur d’autres consoles. La PC Engine de Nec accueillera des shoot them up, avec Gradius 2, Twin Bee et Parodius.
Et l’éditeur ira même jusqu’à sortir des jeux sur la Megadrive de Sega, malgré le litige qui l’oppose au géant nippon depuis Frogger : Lethal Enforcers,
TMNT : Tournament Fighters, Rocket Knight Adventure ainsi que Castlevania Bloodlines.
Mais la créativité de Konami, qui faisait sa force au début, est en train de disparaitre, au profit de l’exploitation de licences juteuses mais peu innovantes.
L’arrivée de la 3D va modifier la donne…
Le chant des sirènes de Sony
Konami se doit de s’adapter aux nouvelles évolutions du marché avec l’utilisation de la 3D. Il va pendant quelques années essayer de produire sur les trois plateformes du moment, mais va
rapidement le faire en priorité pour la Playstation.
Du côté de Sega, l’éditeur va vite se détourner de la Saturn, dès 1996, jugeant les ventes de la console insuffisantes pour diffuser au mieux ses jeux.
Le fait que Nintendo choisisse un support cartouche pour sa console, et que les jeux soient en partie des exclusivités, refroidit nettement Konami. Mais c’est surtout le retard pris par
Nintendo dans le développement de sa future plateforme qui jette l’éditeur dans les bras des concurrents Sega et surtout Sony.
En effet, Konami ne va développer que très peu de jeux pour la Nintendo 64. Seulement deux sortent un peu du lot : International Superstar Soccer, qui inaugure la nouvelle
stratégie de la firme axée sur les simulations sportives, et Castlevania 64. Konami va ainsi s’éloigner de plus en plus de Nintendo et devenir plus productif sur Playstation que
sur N64. Après Squaresoft, un autre grand nom lui devient infidèle.
C’est donc bel et bien la Playstation de Sony qui rafle les meilleurs jeux estampillés Konami, et en exclusivité s’il vous plait. La PS1 accueille les premier RPG de la firme,
Suikoden et Vandal Hearts, et aussi la réponse à Resident Evil, Silent Hill.
Le premier RPG développé par Konami : Suikoden
Mais c’est surtout le jeu créé par la figure emblématique de Konami, Hideo Kojima, qui marque les esprits en 1999 : Metal Gear Solid, l’un des plus grands jeux de la
console.
Metal Gear Solid : le jeu révolutionnaire de la PS1
Hideo Kojima devient alors LE créateur vedette de Konami. Présent depuis 1986 dans cette entreprise, il avait déjà créé Metal Gear, mais tout son talent est mis en valeur par ce nouvel
épisode.
Fort de ses succès sur la Playstation, Konami produit même deux jeux pour la console de son grand rival de toujours, la Dreamcast, avec Air Force Delta et Flight
Shooting en 1999. L’idée si chère à Nintendo de développer des jeux pour une seule plate-forme vole désormais en éclat…
En piste maintenant
Dès les années 2000, Konami se lance dans les simulations de danse, très à la mode au Japon. Vu le succès rencontré, la société sortira de nombreuses licences autour de ce concept, en arcade et sur
différentes plates-formes : Dance Dance Revolution, (DDR), Pop’N’Music, ou encore Beatmania… Et oui, les Japonais en sont friands, les Américains
et les Européens sont conquis, pourquoi Konami se priverait d’exploiter un si bon filon ? Pour ceux qui ne connaissent pas ces types de jeu, il vous suffit de regarder l’épisode QI KO de
la série américaine Malcolm, et vous comprendrez…
Les plus connus sont les DDR, ou Dancing Stage en Europe, avec plus d’une trentaine de versions différentes depuis 1998 !
Dansez à la Mia Frye, « ça fait pia pia pia dans ton corps »
Ces jeux de danse imagent très bien la stratégie actuelle de Konami : une exploitation jusqu’à l’écœurement de ses grosses licences, avec peu de créativité.
La PS2, fleuron de Konami
Konami devient ainsi un éditeur de poids sur la PS2 de Sony avec
Silent Hill, Zone of the Enders, et surtout les 2 "blockbusters" de la firme : la série de football
Pro
Evolution Soccer et le jeu d'infiltration
Metal Gear. Il participe pleinement au succès de cette console, même si pour la plupart, ces séries ne seront pas des exclus
Sony.
Celle des
Silent Hill se compose actuellement de 4 épisodes, dont 3 pour la PS2. Celle-ci stigmatise parfaitement la course aux sorties de plus en plus rapprochées de ses jeux
phares : le quatrième opus est sorti à peine un an après le troisième. Ceci conduit inévitablement à une perte d’innovation dans les scénarios et le gameplay,…
Metal Gear Solid sur PS1 fut l'un des plus grands jeux de la console.
Metal Gear Solid 2 sur PS2 fit donc parler beaucoup de lui (2 ans avant sa sortie on avait déjà quelques
images), il était annoncé comme le messie pour la nouvelle console de Sony. Au final un beau jeu, mais avec un gameplay à la manette assez complexe et trop de "bla-bla". Malgré les épisodes
suivants, aucun n’arrivera véritablement à la cheville du premier du nom.
Après la sortie du troisième opus, ce sera une nouvelle filiale, Kojima Production, qui sera en charge des Metal Gear à partir de 2005. Evidemment, inutile de vous préciser qui dirige ce studio de
production ! Avec cette série, Konami s’essaie à tous les supports, chacun ayant son épisode, que ce soit la Xbox, le Game Cube et même la PSP…
On joue à cache cache ?
Du côté des simulations de sport,
Pro Evolution Soccer remporte au fil des ans tous les suffrages. Depuis 5 ans il est le meilleur jeu de football sur console, toujours dans le top
10 des meilleures ventes chaque année. C’est l’une des plus belles réussites de Konami. Cette série a commencé en 1995 au Japon, appelée
Winning Eleven dans l’archipel, et exportée
en Occident sous le nom de International Superstar Soccer, puis de PES à partir de 2001.
Joue-la comme Cristiano Ronaldo
On peut quand même souligner le défi relevé par Konami d’adapter l’une de ses licences phares au concept de la Wii, avec PES 2008, pari plus ou moins réussi.
Si les PES ont réussi à prendre le dessus sur les FIFA de Electronic Arts, ce n’est pas le cas des deux licences précédentes, qui sont plutôt malmenées par leurs concurrents directs : les
Resident Evil de Capcom et les
Tom Clancy’s Splinter Cell d’Ubisoft.
Des suites, en veux-tu en voilà
Outre ces grandes licences, fleurons de Konami, d’autres titres sont exploités au maximum.
Les
Suikoden, le RPG aux 108 personnages de l’entreprise nippone, sont édités sur la Playstation 2, après avoir ravis les fans du genre sur la PS1. Le même problème se rencontre à
nouveau : si les deux premiers épisodes étaient des réussites, ce n’est malheureusement pas forcément le cas des trois suivants…
La poule aux œufs d’or de Konami, les Tortues ninja, se voit aussi polygonée en 2003 avec
Teenage Mutant Ninja Turtles, et en 2004, avec
TMNT 2 Battle Nexus. Mais
comme si cela ne suffisait pas, elles viennent nous hanter dans nos pires cauchemars dans
Mutant Nightmare, puis dans
Mutant Melee. Tous les supports du moment ont
donc droit à leurs tortues en cell shading. Evidemment, elles n’ont plus le même succès qu’auparavant, et sont remplacées dans cette catégorie par un nouveau filon, celui des
Yu-Gi-Oh. Les générations changent, les héros qui vont avec aussi…
Un peu de pizza les tortues ?
Cherchant encore des suites à exploiter, Konami va ressortir de ses cartons ses premiers amours, du temps de l’arcade des années
80. Je veux parler du shoot’em up Gradius et de Frogger.
Gradius V, réalisé par Treasure,
va ainsi être adapté sur PS2 en 2004. Si les décors passent désormais en 3D,le gameplay reste lui en 2D. Beaucoup le considèrent comme l’un des plus réussis, à vous d’en juger…
Je pense qu’il n’y a rien à ajouter
Frogger va aussi être cuisiné à la sauce 3D en 2002 sur Xbox et Gamecube, mais restera en 2D pour deux épisodes sur la GBA. Les années suivantes auront chacune leur Frogger, comme
tout le monde se doute… Pas moins de 10 séquelles en 4 ans !
Et les Castlevania dans tout ça ?
Un titre que Konami a du mal à adapter aux consoles nouvelles générations - enfin plutôt à la 3D- reste bel et bien Castlevania. Après l’inoubliable
Symphony of the night sur PS1,
c’est sur GBA que l’éditeur décide de consacrer deux nouveaux opus au début des années 2000, avec
Circle of The Moon et
Aria of Sorrow. Les consoles de salon y ont
droit aussi avec
Lament of Innocence sur PS2 en 2003, et
Curse of Darkness en 2005 sur les consoles de Sony et Microsoft.
Lament of innocence : l’un des rares Castlevania en 3D réussi
On voit bien que Nintendo est complètement mis de côté, et n’a droit à des Castlevania que sur ses consoles portables, puisque même la DS a leS sienS avec
Dawn of Sorrow en 2005 et
Portrait of Ruin en 2007. Konami étant très opportuniste, on peut espérer un retour des Castlevania sur la Wii, vu son succès, et pourquoi pas une Wiimote accessoirisée en «
Vampire Killer » !
Konami a su passer de la créativité au début des années 80, à une rentabilité sans failles aujourd’hui. Parfois au détriment de la qualité de ses jeux…
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